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mardi 13 avril 2010

The Man Who Sold His World

Peut-être parce que nous sommes de simples élus provinciaux, nous avons cherché leurs erreurs, méticuleusement, mais en vain.
Nous les pensions intouchables, ces démagogues narcissiques. Aucun d'eux ne peut imaginer l'éventualité qu'il se trompe.

Et lorsqu'ils commettent des erreurs, ils préfèrent mentir sans honte.

Seul un joueur de poker, ou quelqu'un entraîné, dopé aux antidépresseurs pourrait mentir, sans qu'aucun signe extérieur ne le trahisse. Les sociopathes aussi peut-être ?

Je ne sais plus exactement quel jour c'est arrivé, mais l'un de ces mensonges (peut-être une injure gratuite : "tu es trop bête pour comprendre") fut le déclencheur de mon action politique, mon opposition à ma propre liste, ou plutôt à son dirigeant, tant les autres membres se tiennent à l'écart du moindre débat pour, en définitive, voter comme des godillots.

Pire encore, lorsque la contre-vérité est indéniable, lorsque vous démontrez, documents à l'appui, que ce baron local, ou plutôt son pantin est un incompétent si ce n'est notoire, au moins démasqué, et qu'alors nous sombrons dans la mythomanie la plus maladive: c'est à ce moment précis que vous comprenez le seul moyen, efficace à 100% pour contrarier les plans de cet adversaire politique, c'est d'arrêter de débattre. Le jeu d'un élu local nuisible, qui concentre les pouvoirs, est de persuader ses concitoyens qu'il garde le contrôle sur tout, et qu'il fait ce qu'il veut.

En l'occurrence, un baron local ne possède plus tant de pouvoir, si l'opposition conteste légalement sa politique. Ce sont les différents organismes de contrôle qui mènent le jeu: la préfecture pour la légalité, la SAFER pour les préemptions abusives et non-motivées du domaine agricole, la trésorerie pour les imputations budgétaires aléatoires, les collectivités subventionnant pour les dépenses abusives (il faudra que je vous raconte l'histoire de la parcelle de 5000 mètres carrés qui a touché deux subventions, sur deux projets similaires, en cinq ans, sans qu'aucun des travaux indiqués ne soit réalisé, zones sur laquelle mon maire présente très sérieusement un troisième projet!), les agents du S.D.I.S. pour avoir le fin mot sur une opportune piste de lutte contre l'incendie, qui désenclavait le terrain dans lequel un proche du maire voulait investir, justement, etc. Les manœuvres de notre monarque local relèvent tellement de l'amateurisme qu'en aucun cas nous n'avons eu à saisir le Tribunal Administratif (je ne l'exclue pas prochainement évidemment).

Si l'activité des opposants pouvait se mesurer à la quantité de projets (inutiles, je vous rassure) avortés, nous nous sommes vraiment bien battus! Et ce n'est qu'un début, le plat de résistance est pour bientôt, nous ne sommes qu'à un tiers du mandat, après tout.

Nous avons même réussi un coup façon Socialists Ninjas, mais à l'envers: en nous levant quelques minutes avant le début d'un conseil municipal, réduisant ainsi les présents à un nombre inférieur au quorum, nous l'avons facilement fait annuler.

Je m'emballe pour ce 50ème billet, à 10 jours de l'anniversaire de ce blog, je n'ai pas pu m'empêcher de faire ce petit bilan, et je me suis éloigné du titre du présent écrit, mais j'y reviens: quel est donc cet homme qui a vendu son monde (référence un peu facile au tube de David Bowie) ? Cet homme qui semble entier, avec tout ce qu'il a de bon et (surtout) de mauvais, bien tassés dans ce corps boiteux et bouffi. Ils sont plusieurs dans ma commune, le Baron et le Directeur notamment: des hommes prêts à donner la leçon à qui veut les entendre radoter (il n'en reste plus beaucoup, fort heureusement), aux savoirs complétement dépassés par les nombreuses réformes et pourtant, ils sont dotés d'une assurance à toute épreuve, qui désarme encore quelquefois leur interlocuteur, mais plus aussi souvent tant ils sont devenus ennuyeux. Ne sentent-ils jamais une âme bienveillante s'arracher un instant de leur corps impur et difforme pour leur montrer qui ils sont vraiment (vous allez croire que je fais une fixation sur la schizophrénie ) ?

Il semblerait que si. Cela leur arrive. Alors qu'ils sont généralement galvanisé par la présence d'un public. Ce soixante-huitard idéologue, bobo, cet ancien naturiste, exhibitionniste, n'ont-ils vraiment honte de rien ?

Ces êtres si surs d'eux n'auraient-il pas raté la chose la plus importante de leur vie d'homme... ne se sont-ils jamais considérés en pères de famille, avant d'être "les chefs", de la commune, ou de n'importe quel service ? Leurs enfants obèses, gonflés comme des caricatures américaines, qui n'en peuvent plus de ne pas exister, et qui mangent, qui se gavent, pour mieux indiquer à leurs parents inattentifs le gigantisme de leur malaise, jusqu'à finalement donner en public cette sensation à leurs "illustres" pères: cette gène perceptible par tous ceux qui les entourent dans ces rares moments où les élus osent encore afficher leurs blessures: leur famille. Soudain, ces hommes charismatiques sont faibles, hésitants, dans un embarras contre lequel ils s'efforcent de lutter... Mais la présence de leurs enfants est une libération pour leur bienveillance, eux qui ont détruit des vies en exerçant leur pouvoir local, ou qui ont simplement anéanti leur famille, ils se retrouvent enfin devant leur propre juge : une conscience aussi atrophiée que sont démesurés les travers de leurs progénitures.

Mais, dès qu'ils se couchent, ils oublient cette conscience, ils oublient les enfants, les femmes, peut-être même oublient-ils le malheur de leurs maîtresses fidèles qui supportent discrètement la demi-vie imposée par des hommes qui manquent de courage, encore maintenant, au soir de leur immorale existence. Ils s'endorment, et effacent cette sensation désagréable que leur conscience a temporairement imprimée à leur esprit en osant se séparer du roc de dédain qu'ils s'étaient façonné, à l'abri dans leur sommeil, ils peuvent à nouveau rêver de leur vie triomphante de pouvoir et d'argent, de choses et de gens amassés, et ils peuvent enfin oublier ce qu'ils ont aperçu lors de cette gênante soirée en public: aux côtés de sa famille, ce petit homme honteux, sur la tombe duquel, ses enfants ne pourront soulager leurs peines. Cet échec concluant alors le cheminement de ce bonhomme corrompu.


Last night I saw upon the stair
A little man who wasn’t there
He wasn’t there again today
Oh, how I wish he’d go away

extrait de "Antigonish", William Hughes Mearns.

lundi 30 novembre 2009

La première assemblée municipale

Autour de cette table du conseil, nous étions tous sur le point de fêter pour la troisième fois cette victoire. Pour moi, cela contredisait la morale populaire et le célèbre alexandrin de Pierre Corneille: A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Je frissonnais, car depuis une semaine, j'avais souvent entendu : "On leur a mis onze à zéro !". Et pour filer cette métaphore sportive, je savais intérieurement, qu'un match se gagne aisément, lorsque l'arbitre joue dans notre camp.

Un arbitre un peu spécial.
Un arbitre qui soufflait largement ses volontés au capitaine d'une équipe.
Un arbitre qui changeait les règles en cours de match.
Un arbitre qui fermait les yeux sur certaines fautes (qu'il avait commises lui-même parfois).

Fin de l'analogie, et de l'anaphore. Cet arbitre était notre illustre prédécesseur, le Baron local.

Je frémissais, nous avions gagné, et alors que ceux qui étaient censés être nos "fidèles" électeurs (soit des proches de la municipalité, soit certains anciens conseillers municipaux), m'avaient demandé à plusieurs reprises que notre prédécesseur ne se mêle pas de cette nouvelle mandature, qu'il ne pilote pas notre Maire ni le conseil municipal, et après une discussion entre colistiers durant nos réunions préparatoires, cette affaire semblait réglée.

Pourtant je restais persuadé que ce problème subsistait.

Ne vous méprenez pas, je trouvais que l'action municipale antérieure était exceptionnelle, et l'héritage - projets réalisés ou en cours - prospère. Je n'apprendrai que bien plus tard le mode de financement de ce programme, reposant essentiellement sur la dette.

Aux messages de nos supposés soutiens, s'ajoutaient ceux des électeurs qui auraient préféré voir nos adversaires nous défaire. Eux aussi souhaitaient que notre conseil ne soit pas une chambre d'enregistrement des volontés de l'ancien Maire, ni de l'actuel d'ailleurs.

La loi dit "Le Conseil Municipal émet des vœux sur tous les objets d'intérêt local" (L2121-29 du Code Général des Collectivités Territoriales). Le Conseil, et non pas Le Maire. Pour moi, il était acquis que le conseil aurait une certaine indépendance...

Soudain, je fus extrait de mes pensées par le discours du Directeur. Car il était doyen de l'assemblée délibérante, et prit à ce titre, la présidence de la séance le temps d'élire un nouveau Maire, qui sera naturellement le Successeur désigné depuis longtemps. Je fus stupéfait de la violence des propos à l'encontre de nos opposants, vaincus, à terre, alors même que certains d'entre-eux assistaient, en bons citoyens au premier conseil municipal de notre équipe. Le bellicisme de cet ancien fonctionnaire les brisa tout net. Tout montrait que le Directeur serait la nouvelle tête pensante, quelles que soient les volontés du Baron et de son Successeur. L'apogée du déchaînement de son allocution, se télescopa avec un pied-de-nez aux deux autres responsables, réputés communistes, dans la citation d'un fameux rédacteurs en chef du Figaro : "Un citoyen français a deux sortes d'ennemis également redoutables : ceux qui violent les lois et ceux qui les observent avec rigueur.". Le Directeur ne doutait pas de l'ignorance de son auditoire et pu ainsi se gausser de ses partenaires sans que nul autre que moi ne l'ait noté. J'imaginais, non sans humour, André Stil cité par François Fillon lors de la nomination de son gouvernement.

Désormais, je bouillais, le Baron local aurait-il pu se faire jouer de la sorte ? J'apprendrai plus tard les méthodes de persuasion que le Directeur pouvait déployer.

Aujourd'hui encore, je regrette de ne pas avoir demandé pardon à nos opposants, pour la violence de nos attaques, même si ces excuses avaient revêtu la forme de celles de Ségolène Royal pour les propos de Nicolas Sarkozy (Sur Zapatero ou dans le discours de Dakar).

Ces regrets n'ont aucun sens, car aucun effort n'est requis pour se défendre des erreurs d'un autre.

vendredi 27 novembre 2009

Premier tour, seul scrutin

Lors de mon précédent billet libellé historique, je faisais référence aux élections gagnées en un seul tour, il me plairait maintenant de réexaminer ce dernier.

L'atmosphère dans laquelle nous fûmes élus ne se distinguait pas par un fair-play ni une élégance particulière, bien au contraire. Alors que nous disposions de l'appui indéfectible de la plupart de nos prédécesseurs qui avaient été associés à un courrier diffamant, dont je vous ai, plusieurs fois, parlé, le Baron, encore maire, ne put s'empêcher d'agir de manière partisane en franchissant encore les limites de la légalité, et ce, bien que le code électoral lui attribue, d'abord dans sa partie législative, et ensuite dans sa partie réglementaire l'essentiel des devoirs (et des pouvoirs associés) pour l'organisation du vote et de bonne tenue des listes électorales.

Ainsi, il en coûta cher à la liste d'opposition, d'ajouter des stylographes aux isoloirs, afin de permettre aux électeurs de rayer l'un ou l'autre des membres d'une liste au profit d'un nom qu'ils préfèrent, conformément à la réglementation en vigueur dans les communes de moins de 3500 habitants. Ne se contentant pas de voler de façon aussi répétée qu'indiscrète ces "bic" au cours de leurs visites de contrôle des bureaux de vote, le Baron, flanqué de son futur Successeur, fit un geste qui démontrerait là son horrible autorité, et scellerait dans mon esprit l'immonde image que je garde, encore aujourd'hui, de ce pauvre bougre: il jeta un stylo à la figure d'un des assesseurs qui se trouvait à mes côtés, en affirmant, du plus haut ton teinté de droiture que la colère d'un homme pourtant si petit et tordu pouvait permettre, qu'il était illégal de laisser un stylo dans l'isoloir, et qu'il ne voulait plus en voir.

Dès lors que je finis mon tour de rôle d'assesseur, je m'empressai de joindre le service des élections de la Préfecture pour en savoir plus sur la légalité du comportement de mes adversaires politiques. Et il s'avérait qu'il n'y avait aucune précision à ce sujet. Parfois les (mal-)journalistes, souvent les politiciens (il est de plus en plus difficile de faire la différence) parlent de "vide juridique", en lecteur assidu de Maitre Eolas, je présumais que si rien n'interdisait de mettre un stylo dans un isoloir il ne fallait pas s'en priver, je partis donc dans la minute, informer mes opposants de leurs droits.

Je ne voulais pas d'une victoire facile. J'allais évidemment être déçu.

vendredi 25 septembre 2009

Choisir son camp

Le principe des messages libellés Historique est de m'autoriser quelques flashback afin d'expliquer comment j'en suis arrivé là.

Moins d'une semaine avant les élections, un soir, une lumière éclairait encore le bureau du Maire, l'actuel Baron local, son Successeur, et le Directeur tenaient, tous trois, un conciliabule, et je fus agréablement surpris lorsque, me voyant par la fenêtre, ils m'y invitèrent.

Ils étaient affairés dans la même situation que je décrivais ici, autour d'un ordinateur affichant une liste d'électeurs dans un tableur. Je remarquais curieusement une colonne étrange dans le tableau qu'ils regardaient et compris rapidement qu'ils avaient établi une liste des intentions de vote à trois colonnes, "pour nous", "contre nous", "incertain". J'étais stupéfait, mes faibles connaissances en histoire (merci Arte), en droit (merci Eolas), et surtout la logique qui m'anime habituellement, toutes réunies, me donnèrent l'intuition que j'assistais à ce qui pouvait être une infraction aux lois relatives à l'informatique aux fichiers et aux libertés.

D'abord, il me semblait que ce qui avait pu guider nos législateurs à adopter une réglementation stricte au sujet de l'utilisation des fichiers nominatifs, est en partie la conséquence d'une histoire sombre ou des groupes politiques ou ethniques furent pourchassés. Il est difficile de ne pas se faire attribuer un point Godwin sur le sujet, mais mince, j'étais en présence d'individus qui mettaient des intentions de vote en face de données administratives... Cela me révoltait, et alors que j'essayais de rester amical et modéré dans ma protestation, on me répondit que c'était à usage privé et personnel (et comme je ne suis pas juriste, je décidais de ne pas insister).

Passons... Pourquoi donc faire ces trois groupes d'électeurs ?

Parce qu'il fallait un argumentaire choc pour les indécis: la fameuse lettre dont je vous ai parlé ici, une charge violente et presque diffamatoire contre la liste opposée, avec pour objectif d'effrayer le citoyen hésitant, en insistant sur tout ce qui pourrait arriver si "ceux d'en face" gagnaient. Là, je commençais à m'opposer plus vivement, certains des électeurs ciblés par ce courrier étaient par relation de voisinage, par alliance ou même par un lien familial direct, proches de certains candidats de l'autre liste. Le risque était grand de semer une zizanie inutile. Mes protestations furent entendues, et devant moi ils prirent l'engagement de ne pas envoyer ce courrier au nom de notre liste.

Deux jours plus tard, une lettre diffamante co-signée par l'ancien Maire et l'ensemble de ses anciens conseillers municipaux qui ne se représentaient pas, reproduisait les propos contenus dans la lettre que je craignais. J'appris plus tard que la plupart des conseillers avait accepté d'en être les co-auteurs par téléphone sans en connaître le contenu.

Les élections furent gagnées dès le premier tour; pire, à deux ou trois voix près, les résultats furent ceux annoncés par la feuille de calcul excel utilisée.

Un sentiment étrange m'envahissait. Plus que le clivage gauche droite inexistant dans nos petites communes sans étiquette, plus encore qu'une opposition avares prudents contre investisseurs optimistes, n'existait-il pas une autre raison de se lancer dans cette aventure pour moi ? Par exemple, un sens de l'intérêt général qui impliquait de ne pas diviser la population, ne pas la manipuler, mais l'écouter et travailler avec elle dans sa totalité. Étais-je utopiste, ou avais-je juste choisi le mauvais camp ?

mercredi 17 juin 2009

La campagne en province

Mars 2008 ...

Il faisait encore frais dans nos montagnes, mais rien ne pouvait décourager le futur Maire, jeune retraité, ni les quelques membres de notre groupe dont les agendas regorgeaient de temps libre.
Je me suis joint à eux, pour les tournées de 3 ou 4 jours, on voyait environ 4 familles par journée, ce qui, somme toute, n'est pas d'une productivité remarquable. Néanmoins, dans la mesure où seulement deux ou trois cents électeurs feraient le déplacement, et que nous étions dotés d'un grand nombre de procurations garantissant 20% de la victoire (sur les conseils avisés du Maire actuel et du Directeur, qui étaient de vieux éléphants de la politique locale et qui ne laissaient rien au hasard), deux semaines à ce rythme nous assuraient une victoire facile: une victoire en un tour.

Chaque personne située à une étape de notre plan de vol accueillait notre équipée avec le sourire et souvent un bon café, ou un café moyen, mais alors agrémenté d'un bon digestif. Notre seul but consistait à convaincre de voter pour nous (évidemment), et comme un leitmotiv, de voter "liste unique", c'est-à-dire, ne rayer aucun nom de notre groupe, au profit d'un candidat de l'opposition (je consacrerai probablement un billet sur les procédures de vote dans les petites communes de moins de 3500 habitants en général et de celles de moins de 2500 en particulier, c'est du sport).

En tout cas, les visites furent finalement très instructives pour les futurs élus locaux dont j'aurai l'honneur de faire partie, nous vîmes les réalisations de certains habitants qui n'ont pas hésité, à leur frais, à retaper d'anciennes bâtisses, ou d'anciens chemins en pierre, "à l'ancienne", qu'avec une participation minime des précédentes municipalités. Je commençais à comprendre que la volonté des hommes pouvait dépasser la volonté politique. C'était la volonté des hommes qui changeait réellement les choses, nous n'aurions qu'un mandat de quelques années pour construire une belle route, avec la subvention de telle ou telle collectivité, un terrain de sport, grâce à l'État, ou peut être investir dans des projets à fort potentiel économique, mais là encore, en bénéficiant de fonds nationaux, voire européens. Eux, citoyens d'un hameau à l'autre, nous montraient comment avec leurs deux mains, leurs voisins, parfois leurs amis, souvent en investissant le moindre centime de leur retraite, avaient remis debout des pierres effondrées depuis plusieurs siècles déjà.

Ces promenades furent l'occasion pour moi de découvrir les premiers démons de notre futur Maire, qui fut longtemps le bras droit de son prédécesseur... peut-être plus même, et il ne cacha pas, un soir, sous l'effet de la fatigue, ou bien d'un alcool de poire qui se révéla plus fort que prévu, ses désirs de revanche contre tel ou tel habitant. L'un d'entre eux, semblait-il, osa envoyer une lettre ouverte à la population 25 ans plus tôt, pour dénoncer le monarchisme du petit Baron local. Le futur Maire ne se cacha pas de mijoter une expropriation pour un motif banal, je n'y prêtai pas d'importance sur l'instant, persuadé de pouvoir m'y opposer le moment venu.

L'agacement, et sa durée record, qu'a pu susciter ce simple courrier nourrira longtemps mes réflexions...

vendredi 8 mai 2009

Pensée de groupe

Je me permets un flashback encore (c'est le principe des messages libellés Historique, pour ceux qui n'ont pas compris) !

Après avoir été approchés par le futur Maire, nous nous étions tous réunis pour définir les objectifs de notre groupe, et les méthodes de campagne. Un rapide tour de table donna lieu à une présentation de chaque membre de notre équipe. En tant que héritiers du conseil municipal sortant, nous en étions une version expurgée des démissionnaires précédents. A peu près toutes les minorités s'y trouvaient (comme je l'avais expliqué ici) auxquelles s'ajoutaient le Directeur et le Successeur. Une armée renouvelée au deux tiers, il ne restait plus qu'à affûter nos arguments.

Le Directeur prit les devants, en expliquant que nous étions les seuls candidats sérieux (une liste uniquement s'opposait à nous, et elle était fondée par des contestataires élevés contre la personnalité, et les méthodes monarchiques de notre futur ancien maire). Le Successeur en rajouta, avec moins de classe. Étrangement, je décelais une sorte de faisceau d'indices qui esquissait un tableau déplaisant. D'abord, je savais que, politiquement parlant, nous avions tous des opinions variées, autour de cette table se trouvaient des catholiques conservateurs, des protestants libéraux, des communistes (est-il nécessaire de préciser "athées"), pourtant une certaine unanimité se dégageait systématiquement de nos conversations. Certes, en période électorale, cela peut être naturel de chercher un consensus, mais là, nous étions entre nous... Ensuite, vint l'attaque destinée aux "opposants", je fus stupéfait de la dureté de la charge. L'élaboration d'une lettre, à la limite de la diffamation, fut évoquée, comme si notre assemblée disposait d'une forme de supériorité morale sur toutes les autres. Je crus reconnaître plusieurs fois des symptômes que Milgram ou Asch avaient étudiés, dans lesquels un individu se livrait à un comportement malsain, lorsqu'il était soumis à une autorité (Le Directeur) ou un groupe.

Puis, un agenda précis des quartiers à visiter fut établi : les électeurs à rencontrer, au pire les indécis clairement identifiés, mais essentiellement les alliés qui nous motiveraient, en évitant soigneusement ceux qui avaient la réputation de détester notre prédécesseur. Cette lâcheté intellectuelle qui consistait à éluder les vrais débats, ne me seyait pas...

Mais, comme tous, dans un silence approbateur, je me soumettais à cette insurmontable pression de conformité.

jeudi 23 avril 2009

Comment le loup fut invité dans la bergerie

Pendant que le Successeur faisait défiler des lignes sur l'ordinateur qui trônait fièrement sur son futur bureau, l'actuel Maire, le Baron, observait avec une tendre autorité, celle qu'un grand-père aurait pour son petit-fils, celui qui prendrait sa place. Ils n'étaient pas seuls, une forme d'exode rural à l'envers les avait flanqué d'une recrue de taille, en la personne d'un ancien homme politique de "la ville", fatigué des élus citadins et réfugié dans notre village: le "Directeur" est un nom qui lui correspond bien. Le Directeur, donc, connaissait tous les rouages des collectivités et des administrations, au moins ceux qui ont survécu aux rares réformes de la Chiraquie, car c'était un homme en retraite depuis une bonne quinzaine d'années déjà. Son seul autre désavantage étant de ne pas avoir vécu auprès de la population locale, sans quoi il aurait été, à coup sur le candidat idéal. A eux trois, âgés de près de 200 ans, une bonne centaine d'années d'expérience de la politique locale était en action en plein cœur du Bureau de la Mairie. Le Successeur, qui épluchait en fait, le fichier des électeurs dans un tableur, échangeait avec le Baron sur les possibles conseillers municipaux qui pourraient l'entourer, tout cela devant le regard approbateur du troisième :
- "Lui ?"
- "Non, il a démissionné du conseil à cause du changement que j'ai fait des horaires d'ouvertures de l'église."
- "Lui alors ?"
- "Non, tu sais bien qu'il ne vote pas pour nous, enfin, ressaisis-toi !"
- "On va jamais réussir à remplir cette liste... Il va bien falloir s'ouvrir pour ramasser quelques voix de l'opposition !"

Je rappelle ici au lecteur, que nous parlons d'un petit village rural où la population excède péniblement les 300 habitants. Il y aurait fort a parier que dans un monde parfait, aucune opposition n'existe, et là, pourtant, il y en avait une. J'allais comprendre pourquoi plus tard...

Le Maire eut alors une idée. Il avait trouvé, pensait-il, le candidat idéal. Un jeune homme qui n'est pas du pays mais qui a épousé une "autochtone" (je lève le voile, c'est de moi qu'il s'agit). Pour les autres, un artisan, une femme de l'éducation nationale, et enfin, pour l'ouverture, une femme qui ne votait habituellement pas pour eux, mais qui était fort impliquée dans la vie sociale (mère de famille nombreuse). Aucun n'avait d'expérience de la politique locale, assura-t'il.

C'est ainsi que le lendemain, prévenu d'avance par mon épouse ("Chéri, le Baron t'as conseillé à son Successeur. Moi, je n'en pense rien, prends ta décision, le candidat débarque dans 5 minutes à la maison."), pas rassuré des pincettes qu'elle avait prises pour me l'annoncer. Mais fort de mon intérêt profond pour la politique, dès mon plus jeune âge, je ne posai qu'une seule question, encore griffonnée sur un papier que je garderai plus d'un an dans un cahier : "Quel sera le rôle du Baron, s'il ne se présente pas ?". Il me fut répondu qu'il n'aurait qu'un rôle de conseil, pas plus ... Cette réponse, elle, résonnera longtemps dans ma tête ...

L'innocence délaissée

J'avais été prévenu par Vox Populi de la difficulté que rencontrait le prochain candidat au poste de Maire de mon village pour réunir une liste. Ce problème est un phénomène courant dans nos petits villages ruraux longtemps dirigés par un "baron local" qui a épuisé tous les soutiens possible durant ses quelques mandats. Par "soutiens", il faut comprendre : tous les types d'élus que nous pouvons trouver dans une localité : Conseillers municipaux, parmi lesquels les adjoints ou plus rarement ceux qui ont une délégation sans être adjoint. Élus auxquels nous pouvons ajouter plus largement les personnes nommées aux commissions, ainsi la commission communale des impôts directs, qui ne se réunit pas si souvent, ou encore le conseil d'administration du CCAS qui, en général, a une activité, malheureusement plus grande.

L'ensemble de ces personnalités du petit monde de la collectivité qu'est la commune rurale peut se classer en deux catégories: ceux qui, comme le Maire, sont des "notables", devant lesquels les chapeaux étaient ôtés récemment encore : enseignants, docteurs, etc.
Et ceux que les médias appelleraient aujourd'hui des "minorités visibles" (au sens rural du terme, vous allez vite comprendre que ce ne sont pas les mêmes qu'en ville), qui sont ni plus ni moins que les représentants des "lobbies" locaux : artisans, éleveurs, agriculteurs, "jeunes" (de la trentaine), parents d'élèves (si possible aux associations scolaires de type sou des écoles), etc.

Entouré du plus grand type de personnes possible, le futur président du conseil municipal était assuré de gagner son élection. Voire même de la gagner au premier tour !

Mais l'exercice du pouvoir, surtout quand il est pratiqué de manière monarchique, est une chose épuisante, comme je le disais, autant pour le Maire que pour l'ensemble de ses élus, cette année-là, une chose allait donc changer : Le Baron choisirait un Successeur, et renouvèlerait en grande partie son conseil municipal, de toute façon il n'avait plus le choix. Seulement, une question était sur toutes les lèvres : cèderait il la place sans aucune difficulté ?